AU COEUR DE MON ENFANCE

Charles IV le bel
UN VILLAGE, C'EST UNE HISTOIRE QUI SE RACONTE

Charles IV le bel
UN VILLAGE, C'EST UNE HISTOIRE QUI SE RACONTE
Page 35 de la notice historique de Théophile Lhuillier, je lis ce passage sur la "maladerie
saint Michel de Crécy" :
"... on fut contraint d'y créer au moyen-âge d'autres maisons spéciales sous le nom de Léproseries et de maladeries, où les malheureux atteints de la lèpre étaient enfermés, après
l'accomplissement de certaines formalités qui les retranchaient pour ainsi dire du nombre des vivants. Crécy eut aussi sa maladerie, placée sous l'invocation de saint Michel et construite, selon
l'usage, hors de ses murs d'enceinte, vers la porte Dame Gilles, dans une petite prairie baignée par le Morin, qui a depuis conservé le nom de saint Michel".
" C'est pendant un de ses fréquents séjours au château de Crécy que Philippe-le-Bel, qui avait fait saisir les biens des léproseries de la Brie, leva cette saisie le 16 août 1321".
D'après moi, sans contester les agissements du roi Philippe-le Bel sur les Lépreux en Brie, ce dernier est décédé le 29 novembre 1314 à Fontainebleau.
repère : le 4 novembre 1314, Philippe le Bel se rend chez son oncle Robert de Clermont (dernier fils vivant de saint Louis)
dans le château de Clermont pour une partie de chasse près de la forêt de Pont -saint-Maxence. En s'élançant à la poursuite d'un cerf, il tombe de cheval et se brise une jambe avec plaie ouverte. D'abord soigné au château de Clermont, la plaie de la jambe au bout de quelques jours s'infecta. Philippe-le-Bel voulant guérir rapidement, demanda à être transporté sans plus attendre au monastère des dominicaines de Poissy. Par bateau, au fil de l'Oise et de la Seine, le roi arriva donc à Poissy dans un état affreux. Comprenant que ses jours étaient comptés, le roi fit le voeu de mourir au chateau de Fontainebleau, son lieu de naissance. Il fut donc à nouveau transporté dès le 26 novembre vers Fontainebleau. Le 28, dans son château, il rectifie certains passages de son testament et décède le lendemain soit le 29 novembre 1314. Il sera à nouveau transporté par bateau sur la Seine de Fontainebleau au port saint Bernard à Paris pour être déposé pour l'embaumement ; puis les obsèques officielles à Notre Dame de Paris le 2 décembre 1314 .
Enfin une dernière procession à Saint -Denis.
C'est Louis le Hutin , son premier fils qui devient roi de 1314 à 1316.
Philippe V dit le Long (roi de 1316 à 1322) deuxième fils de Philippe le Bel qui succède à son frère Louis le Hutin.
Une ordonnance du 18 août 1321est promulguée par Philippe V le Long ordonnant une répression contre les lépreux dans le but d'anéantir la maladie de la lèpre.
En effet, Philippe V, croyait que suite aux épidémies (à cause des croisades) que les Juifs et les Lépreux à la solde des mahometants, empoisonnaient les puits, les fontaines et les sources. Les Juifs seront expulsés mais quelques lépreux seront punis par le feu.
Philippe V meurt en 1322 officiellement de la dysentrie.
Biographies consultées
Philippe Le Bel - Jean Favier - Fayard-2008
Louis X - Yvan Gobry - Pygmalion-2010
Les Rois qui ont fait la France - Les Valois - Charles V le Sage tome 1
Pygmalion -1988
les Vies des Hommes Illustres -
Jean du Castre d'Auvigny, Pereau Gabriel Louis calabre, Turpin François Henri
page 269.
En relisant dernièrement le fascicule "Etat du domaine de Crécy -en- Brie au XVIIème siècle" paru en 1867
sous la plume de Th Lhuillier, Secrétaire Général de la Société d'Archéologie, Sciences, Lettres et Arts de Seine et Marne.
Il rappelle justement que Thibaut V comte de Champagne et de Brie fut aussi le seigneur de cette jolie petite ville dans la vallée du Grand Morin. Henri III dit le Gros, prend la succession à son tour e Crécy, mais malheureusement meurt en juillet 1274, laissant pour héritière sa fille Jeanne qui épousera le 15 août 1284 à Notre Dame de Paris, le futur roi Philippe le Bel.
Théophile Lhuillier cite page 9, les trois fils de Philippe le Bel - Louis le Hutin, Philippe le Long et Charles le bel qui non seulement devinrent effectivement rois de France, mais aussi ont possédé le comté de Crécy. dont le château et y séjournèrent régulièrement.
Jusque-là, tout va bien, mais quelques lignes plus bas, L'huillier parle de leur soeur Blanche "veuve sans enfants, devenue à son tour dame de Crécy, abandonna ses droits à Charles V".... Cela ne peut pas être la fille de Philippe le Bel mais sa petite fille par son fils Charles le Bel :
Blanche de France, fille de Philippe IV le Bel
Philippe IV le Bel a bien une fille nommée Blanche. Mais elle meurt en 1294. Elle a été brièvement fiancée à Ferdinand de Castille mais décède peu à près.
Blanche de France (1328-1394)
Elle est née le 1er avril 1325 à Chateauneuf sur Loire, près d'Orléans, fille posthume du roi Charles IV le bel et de Jeanne d'Evreux. Elle épouse le 8 janvier 1345 son cousin Philippe de Valois duc d'Orléans. Ils n'eurent pas d'enfants. Philippe de Valois meurt en en 1375. Son épouse Blanche meurt à Vincennes le 8 février 1393. Elle sera inhummée à l'abbaye royale de saint denis. Son coeur dans la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans et ses entrailles à l'abbaye de Pont -aux Dames.
Charles V
Né à Vincennes le 21 janvier 1338 est le fils de Jean le Bon et de Bonne de Luxembourg. Il devient roi de France de 1364 à 1380. Il est le frère de Louis, duc d'Anjou, Jean, duc de Berry et de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne.
Il fut marié à Jeanne de Bourbon d'où 8 enfants dont 2 atteindront l'âge adulte, dont Charles VI.
Les MORET
ou la famille créçoise de
Jean-Baptiste-André GODIN
Format 16 x 24 cm.
96 pages (illustrées par des photos & des
documents d’archives).
A
ppuyé sur différentes archives et mêlant au
récit les actions du conseil municipal de Crécyen-
Brie au début de la III
e République, cet
ouvrage relate l’existence d’une famille de
serruriers créçois du XIX
e siècle, apparentée à
Jean-Baptiste-André Godin, l’inventeur du poêle
en fonte et fondateur du Familistère de Guise
(Aisne).
Vous découvrirez pourquoi Nicolas Moret, de
son vrai nom, Louis-Eloy Godin, est contraint de
changer d’identité et de quitter, sous le Premier
Empire, son village natal de Boué dans le nord du
département de l’Aisne, pour la Brie. Au travers
de données historiques et généalogiques, vous
suivrez le cheminement de cette famille au
destin, pour quelques uns, singulier. Si l’un
d’entre eux reste à Crécy et prend une part active
à l’administration de la commune, d’autres, en
revanche, s’éloignent et s’établissent à Couilly,
Brie-Comte-Robert, Corbeil, puis Guise pour y
vivre une expérience unique.
Ce livre est également l’occasion pour l’auteur,
d’évoquer à maintes reprises le souvenir de Marie
Moret, dont nous commémorons, en 2008, le
centenaire de sa disparition. Petite-fille de
Nicolas Moret, mais aussi petite cousine et
seconde épouse de Jean-Baptiste André Godin, elle avait pleinement contribué à l’organisation de principes
pédagogiques pour les écoles du Familistère.
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Collège de Navarre, ancienne entrée de l’École polytechnique
démolie en 1811, rue de la Montagne Sainte-Geneviève,
gravure © Selva / Leemage
Note de lecture par Jean François Kosta-Théfaine
Paru dans Cahiers d'histoire, numéro 1998-1
Fondé en 1305 par Jeanne de Navarre, le collège de Navarre est à la fin du Moyen Âge, comme l'on sait, le plus grand des collèges parisiens. Accueillant 70 boursiers dès sa fondation, il nous faut remarquer, comme le fait Nathalie Gorochov dans l'introduction de son superbe volume, que la " renommée [de cet établissement] n'a pas faibli, quatre siècle durant, jusqu'à la fermeture du collège par les révolutionnaires, en 1793 " (p. 18). Cependant, même si l'on connaît la réputation dont ce collège à joui, tout comme le fait qu'il " a produit [bon nombre] d'hommes de pouvoir " (p. 27), notons que l'histoire du collège de Navarre n'a jamais été écrite, à cause du manque de documents le concernant car, " après sa destruction, ordonnée au début du XIXe siècle, les archives du collège ont été dispersées, [et] en grande partie perdues" (p. 21).
Ainsi, il a fallu à Nathalie Gorochov envisager d'autres voies d'investigation, comme l'étude prosographique des boursiers de ce collège, ou bien encore l'examen " des statuts rédigés par la reine Jeanne de Navarre (en 1305) puis par ses exécuteurs testamentaires (en 1315) " (p. 29) afin de reconstituer l'histoire du collège de Navarre. Organisé de manière chronologique, ce minutieux travail retrace l'histoire certes, mais également la vie intellectuelle ainsi que le recrutement de cet établissement au cour des trois périodes suivantes : 1305-1357, " Le collège de Navarre dans son premier demi-siècle " ; 1357-1380, " Le collège de Navarre au temps de Charles V " ; 1380-1418, " Le collège de Navarre sous le règne de Charles VI ". L'auteur réussit brillamment, avouons-le, à retracer, par le biais de sources de substitution, l'histoire de cette " prestigieuse institution " (p. 573) qu'était le collège de Navarre. Nathalie Godorov offre là, on l'aura compris, un volume digne d'intérêt que l'on consultera avec profit, et dont il nous faut incontestablement saluer la publication.
Thibaut V de Champagne et de Brie est seigneur de Crécy. Le début de son règne démarre avec le litige des terres de Navarre. En effet, son père, Thibaut IV avait en 1235, doté sa fille Blanche du royaume de Navarre. Elle devait en prendre possession à la mort de celui-ci. Jean 1er le Roux, beau-frère de Thibaut V agacé d'attendre cet héritage navarrais, demanda à Saint-Louis d'arbitrer. Mais Saint-Louis ayant prévu de marier sa fille Isabelle au roi de Navarre, demanda à son futur gendre de se presser de régler le conflit. En 1255, Thibaut V épouse donc Isabelle. Les relations sont excellentes entre le couple et Saint- Louis. Thibaut fréquente régulièrement la cour du roi de France. Puis le couple quitte Aigues-Mortes avec Saint-Louis le 1er juillet 1270 pour préparer le départ de la dernière croisade. Le 25 août Saint-Louis meurt du choléra devant Tunis. Quelques semaines plus tard, c'est au tour de Thibaut V et d'Isabelle de disparaître sans laisser d'héritier.
C'est Henri III, le frère de Thibaut V qui reprend la couronne et les seigneuries. Marié en 1259 à Blanche d'Artois (fille de Robert d'Artois qui lui, est le frère de Saint-Louis) il eut un règne très court, puisqu'il décède en 1274 en laissant qu'une fille, Jeanne. Blanche confiera le royaume de Navarre et sa fille à la garde du roi de France et c'est son second époux Edmond, duc de Lancastre qui va administrer les terres de Champagne et de Brie.
Jeanne à sa majorité en 1284 épouse Philippe de France et l'année suivante monte sur le trône de France avec son époux.
Par ce mariage, la Champagne et la Brie sont réunies à la couronne de France. Tandis que Philippe le Bel s'occupe de la Navarre, Jeanne, elle, gère personnellement le comté de Champagne. Son entourage est composé de Champenois et de Normands comme Enguerrand de Marigny qui a joué un rôle politique important au sein du comté mais qui par la suite passera au service de Philippe le Bel.
En ce qui concerne le comté de Crécy, nous retrouvons le connétable Gaucher V de Chastillon que l'on retrouve sur le plan historique sous le nom de Connétable ou sire de Crécy. Il cède à Philippe le Bel les "château, ville et chastellenie de Crécy en Brie en 1289"
Crécy traverse alors une crise pour ne pas dire une période sombre de son histoire. La maison des Chatillon était connue pour le faste et l'animation brillante qui y régnait au château.
Avant de mourir le 4 avril 1305, Jeanne aura le temps de faire construire à Paris, le Collège de Navarre pour les étudiants champenois nécessiteux
malgré le rattachement à la France, la Champagne gardera son autonomie jusqu'en 1314, mort de Philippe le Bel. (à suivre)
Le château de Crécy passa ensuite aux mains de Robert II comte de Dreux et de Brie ; il est le fils de Robert 1er comte de Dreux et d'Agnès de Baudémont, dame de Braine. Il est né en 1154 et meurt le 28 décembre 1218.
Il participe à la troisième croisade et une fois revenu en France, il combat les anglais entre 1195 à 1198 , puis emmène ses troupes en 1210 à la Croisade des Albigeois.
Son frère, Philippe, évêque de Beauvais l'appelera en renfort pour lutter contre le comte de Boulogne.
Puis sa dernière grande bataille, sera Bouvines en 1214.
Il se marie en 1178 avec Mahaut de Bourgogne pour finalement se séparer en 1181, sans postérité.
La deuxième épouse sera Yolande de Coucy en 1184.
C'est Alix ou Adéaïde (1189-1258) sa fille qui reprend le château de Crécy.
Mariée vers 1200 à Gautier IV de Bourgogne († 1219), seigneur de Salins, puis en 1221 à Renaud III de Choisel (1195 † 1239)
Puis c'est Beaudouin VIII de Hainaut allié à la famille de Beaujeu qui succède comme châtelain de Crécy.
Maintenant, nous arrivons à la célèbre maison de Châtillon sur les terres de Crécy.
En 1216, cete famille fonde dans le château de Crécy, une très belle chapelle en remplacement de l'église paroissiale et collégiale Saint Georges de Crécy complétement en ruine.
(à suivre)
carte de la bataille de Bouvines : home.eckerd.edu/
SUGER nous conte l'histoire de la prise du château de la Ferté-Baudoin, tenu par Gui le Rouge et son fils Hugues de Crécy, afin de libérer le comte de Corbeil et Anseau de Garlande:
Or donc Louis, roi de France par la grâce de Dieu, ne put perdre l’habitude qu’il avait prise dans sa jeunesse, je veux dire celle de veiller sur les églises, de protéger les pauvres et les indigents, de travailler sans cesse à la paix et à la défense du royaume.Gui le Rouge, dont il a été parlé plus haut, et son fils Hugues de Crécy, jeune homme intelligent, preux aux armes, mais fait pour le pillage et l’incendie et très prompt à jeter le trouble dans tout le royaume (1), ne cessaient de contester la supériorité royale, à cause de la rancune accumulée en leur coeur par la honte d’avoir perdu le château de Gournay. C’est ainsi que Hugues ne voulut même pas épargner son frère le comte de Corbeil, Eudes (2), duquel il n’avait reçu aucune assistance dans sa lutte contre le roi. Il tendit un piège à sa simplicité. Un jour que le comte Eudes avait décidé de chasser tranquillement chez lui, il s’aperçut, l’imprudent, de ce que la communauté de sang engendre en fait de réalités et d’espoirs quand l’envie l’a corrompue. Enlevé par son frère Hugues, il fut enfermé au château qu’on appelle La Ferté-Baudouin (3). On lui mit des entraves et des chaînes; aurait-il même eu le moyen de se tirer d’affaire qu’il ne l’eût pu qu’en faisant la guerre au roi.
En présence de cette extraordinaire folie, les gens de Corbeil, en grand nombre - car la châtellenie était riche en antiques et nobles chevaliers (4) - recoururent à l’asile ouvert à tous de la majesté royale. Prosternés aux genoux du roi, ils lui firent savoir, au milieu des larmes et des sanglots, la captivité du comte et les motifs de cette captivité, le priant et suppliant d’employer sa puissance à le délivrer. Sa promesse leur ayant fait concevoir l’espoir de la libération, leur colère s’adoucit, leur douleur fut soulagée; à l’envi ils cherchèrent par quel procédé, à l’aide de quelles farces, ils pourraient recouvrer leur seigneur. La Ferté-Baudouin appartenait à Hugues non pas en vertu d’un droit héréditaire, mais par l’occasion d’un certain mariage avec la comtesse Adélaïde, qu’il avait répudiée tout en gardant son château (5). Des gens de La Ferté, conférant avec quelques-uns de Corbeil, promirent sous la foi du serment de les recevoir dans le château, non toutefois sans prendre leurs précautions.
Le roi, qui s’était laissé persuader par ceux de Corbeil, s’avançait en hâte; pour éviter que la nouvelle ne s’ébruitât, il n’avait avec lui qu’une petite poignée de chevaliers de sa cour (6). Assez tard, alors qu’on bavardait encore autour des feux dans le château, ceux qui avaient été envoyés en avant, c’est-à-dire Anseau de Garlande sénéchal (7), choisi à raison de sa vaillance et les hommes d’armes, environ quarante, qui l’accompagnaient, furent reçus par la porte qui avait été indiquée et firent de vigoureux efforts pour s’en emparer. Mais la garnison, surprise du hennissement des chevaux et du tapage inopiné que les cavaliers faisaient, bondit à leur rencontre. Entre les ouvertures opposées le chemin était resserré. Ceux qui étaient entrés ne pouvaient pas aller ou revenir à leur guise; ceux de la ville, placés devant les portes, ce qui ajoutait à leur audace, les taillaient en pièces à leur aise. Les premiers, plongés dans les ténèbres et desservis par l’étroitesse de la place, n’eurent pas la force de tenir le coup plus longtemps; ils regagnèrent la porte. Mais Anseau, emporté par son courage, rétrogradant et s’immolant, ne put y atteindre; l’ennemi l’y avait devancé. Ainsi surpris, il occupa bien la tour du château; mais ce ne fut pas comme seigneur, ce fut comme prisonnier, en compagnie du comte de Corbeil. Pareille était leur douleur, non pareille leur crainte, puisque l’un c’était la mort, l’autre le déshéritement seulement qu’il redoutait. Ainsi pouvait-on leur appliquer le vers : « Carthage et Marius se consolèrent de leur destin (8) ».
Quand, avec la clameur des fugitifs, le bruit de cette rencontre fut arrivé aux oreilles du roi qui accélérait sa marche, il fut bien fâché de s’être laissé retarder et écarter de sa route par la gêne que lui causait la nuit noire. Il sauta sur un cheval très rapide et s’efforça d’aller audacieusement porter secours aux siens en se précipitant par la porte. Mais la porte était fermée à clef. Repoussé sous une grêle de traits, de coups de lances et de pierres, il se retira. Consternés de douleur, les frères et parents du sénéchal captif se jetèrent à ses pieds : « Ayez pitié de nous, disaient-ils, glorieux et vaillant roi, parce que, si cet abominable Hugues de Crécy, cet homme de rien, assoiffée de sang humain, venant ici ou emmenant là-bas notre frère, peut mettre la main sur lui de quelque manière que ce soit, il se jettera bien vite à sa gorge, sans aucun souci du châtiment qui l’attend dans le cas où, plus féroce que le plus féroce, il le ferait périr de malemort (9)».
Cédant à cette crainte, le roi fit donc rapidement entourer le château, obstruer les voies qui menaient aux portes, établir en cercle quatre à cinq bastilles, et, en même temps qu’il usait des forces du royaume, il payait de sa personne pour la reprise des prisonniers et du château. Cependant Hugues, qui s’était d’abord fort réjoui de la capture, se sentit glacé de peur à l’idée qu’on allait lui arracher ses prisonniers, lui enlever son château. Dans son anxiété il se mettait en peine d’un stratagème qui lui permît d’entrer tantôt à cheval, tantôt à pied, il prenait tour à tour les dehors changeants et menteurs d’un jongleur et d’une courtisane.
Un jour qu’il donnait toute son attention à cette affaire, du camp on le remarqua, on sauta sur lui. Impuissant à soutenir cette attaque meurtrière, il demanda son salut à la fuite. Tout à coup, parmi les autres et devant les autres, voici, emporté par l’élan de son coeur et de son cheval, Guillaume, frère du sénéchal prisonnier, chevalier élégant, preux aux armes, qui s’acharne vigoureusement contre lui et essaie de le mettre dans l’embarras (10). La vitesse de sa course eût suffi à le distinguer. Hugues l’aperçut; brandissant sa lance, il la tournait souvent dans sa direction; mais, dans sa crainte de ceux qui suivaient, il n’osait pas s’attarder et se remettait à fuir. Toutefois il était d’une habileté étonnante et hors de pair; s’il lui avait été possible de s’arrêter pour lutter seul à seul, il eût fait éclater la hardiesse de son coeur, soit en remportant un trophée de duel, soit en s’exposant au péril de mort, et y eût gagné un admirable renom. A plusieurs reprises il lui arriva, ne pouvant du tout éviter les villages situés sur la route ni échapper à l’attaque des ennemis qu’il rencontrait, de s’en tirer par une feinte trompeuse : il se donnait pour Guillaume de Garlande s’écriait bien haut qu’il était poursuivi par Hugues, invitait les gens, de la part du roi, à barrer le passage à ce dernier comme à un ennemi. Par ces stratagèmes et d’autres pareils, grâce à ses ruses de langage et à la vaillance de son coeur, il réussit dans sa fuite à se jouer à lui tout seul d’une multitude.
Quant au roi, ni cette occasion ni aucune autre ne le fit renoncer à l’entreprise du siège; il resserrait le blocus, il fatiguait la garnison. Il ne cessa ses attaques qu’après un assaut donné à l’insu des chevaliers, grâce à une machination ourdie par une partie des gens de la place et après avoir par sa puissante valeur rendu la capitulation inévitable. Dans le tumulte, les chevaliers, fuyant vers le donjon, ne s’occupèrent que de sauver leur vie, non d’échapper à la captivité; le fait est qu’enfermés là dedans ils se trouvèrent hors d’état et de se protéger vraiment et de sortir de quelque façon que ce fût. A la fin, certains étant tués, davantage encore blessés, ils se rendirent, eux et le donjon, en se soumettant à la décision de la majesté royale, non sans le conseil de leur seigneur. Ainsi, « à la fois débonnaire et criminel en une seule et même action (11)» il restitua, avec autant de sagesse que de clémence, un sénéchal à lui-même, un frère à des frères, leur comte aux habitants de Corbeil. Parmi les chevaliers qui se trouvaient à l’intérieur, il y en eut qu’il déshérita, ravageant leurs biens, d’autres qu’il entreprit de punir très sévèrement, leur infligeant, pour terrifier leurs pareils, le tourment d’une incarcération prolongée. C’est ainsi que par une si belle victoire obtenue de Dieu contre l’opinion de ses rivaux, il ennoblit grandement les prémices de son règne (12).
Notes:
1) Le chroniqueur de Morigny (édition Mirot, page 22) parle de lui à peu près dans les mêmes termes : « Homme hardi et de main prompte, hypocrite et dissimulateur en toute espèce de matières, oppresseur des pauvres, tueur de paysans par cupidité » (Vir audax et manu promptus, simulator et dissimulator cujusvis rei, oppressor pauperum et agricolarum cupidus interemptor). - Gui, comte de Rochefort (Seine-et-Oise, canton de Dourdan), surnommé le Rouge à cause de la teinte de ses cheveux, frère de Milon le Grand. Voir un tableau généalogique des familles de Montlhéry et de Rochefort dans A. Fliche, Le règne de Philippe Ier, page 321, note 2.
2) Ils avaient la même mère, Adélaïde de Crécy, laquelle, veuve de Bouchard II de Corbeil, avait épousé Gui de Rochefort, dont elle avait eu comme fils Hugues.
3) Aujourd’hui la Ferté-Alais, Seine-et-Oise, arrondissement d’Étampes. Il y a lieu de penser que c’est de la comtesse Adélaïde (Aalez) que vient le nom actuel (Dom Basile Fleureau, Histoire de la ville et du duché d’Étampes, 1683, page 562).
4) Les Grandes Chroniques traduisent : « La chastellerie de Corbueil, qui d’ancienneté est renommée de grant noblesse et de grant chevalerie ».
5) Confusion entre Hugues, fils d’Adélaïde de Crécy, et Gui de Rochefort, son mari, père de Hugues.
6) Voir le récit de l’expédition contre Sainte-Sévère.
7) Au moins depuis l’avènement de Louis le Gros, peut-être même depuis la brouille du roi Philippe et du prince Louis avec les Rochefort pendant l’été de 1107, après l’affaire de Gournay (M. Prou, Actes de Philippe Ier, page CXLI).
8) Lucain, Pharsale, II, 91-92.
9) Ils étaient pourtant beaux-frères, Anseau de Garlande ayant épousé une soeur d’Hugues de Crécy.
10) Guillaume de Garlande; il fut plus tard sénéchal, de 1118 à 1120, après la mort d’Anseau.
11) Ovide, « Métamorphoses », III, 5. Le mot « criminel » s’explique par la méchanceté d’Eudes de Corbeil.
12) D’après la chronique de Clarius (Duru, Bibliothèque historique de l’Yonne, tome II, page 516), le siège de La Ferté-Alais aurait eu lieu « au coeur de l’hiver, sous la neige et les averses » (in ipsa hieme, per nives, per grandines). On peut admettre avec A. Luchaire (Louis VI le Gros, Annales de sa vie et de son règne, Paris, 1890, in-8°, n° 61) la date de décembre 1108.
Sources: « Suger - Vie de Louis VI le Gros », éditée et traduite par Henri Waquet, archiviste du département du Finistère, « Les Classiques de l’Histoire du Moyen Âge » publiés sous la direction de Louis Halphen, Tome 11, Paris, Librairie Ancienne Honoré Champion, éditeur, 1929, pages 89 à 97.
These sources are now part of the Internet Medieval Sourcebook.
C'est à partir du VIIème siècle que le nom de Crécy est mentionné dans la chronique de Frédégaire. C'est également sur des monnaies mérovingiennes que l'on peut voir Criscecus, Crideciacovico qui devient ensuite Creciacum nom d'un domaine gallo-romain.qui était une exploitation agricole d'une grande fertilité qui s'étendait dans une boucle du Morin à l'emplacement du hameau actuel de Saint Martin.
On retrouve dans les textes du Moyen-Âge la mention de Vieux-Crécy qui possèdait une église dédiée à saint Pierre et qui était reliée par un pont. Dans un document de 1248, on signale encore ce pont, à la rive droite du Morin. A cet endroit se trouvait une chapelle Saint Marie - qui fut remplacée au XIIIeme siècle par l'église actuelle de La Chapelle. Il y avait également un petit château fort sur un lieu appelé Vignoly qui est signalé encore au XIIème siècle et qui a aussi probablement une origine gallo-romaine.
On peut penser que la première forteresse fut construite entre le IXème et le Xèmesiècle. Les premiers seigneurs avaient choisi un petit îlot de 6 arpents formé par la rivière sur la rive droite, face aux premières habitations. petit à petit, les nouvelles cosntructions se formèrent autour de cette forteresse afin d'obtenir la protection.
Les Normands envahissent les bords de Seine, La Loire et la Marne. Les alentours de Meaux furent pillés et ruinés. Crécy fut complétement saccagé, mais le château semble peu avoir souffert de cette invasion des Normands. Peu à peu la seigneurie est reconstituée à Crécy, grâce aux nouvelles habitations vassales et la prospérité s'installa dès la fin du Xème siècle.
Lors du démembrement du Xème siècle, la terre de Crécy fut donnée aux ancêtres des Montmorency, les Bouchard, seigneurs de Melun.
Le château de Crécy qui appartenait à Isabelle de Crécy fut apporté en dot à Bouchard II comte de Corbeil
Élisabeth, sa seconde femme, s'identifie avec " Isabeldis, comitissa de Creciaco castro " qui, veuve de Bouchard II de Corbeil, assista à la première messe célébrée par saint Gautier, abbé-fondateur de St-Martin-de-Pontoise, sur l'autel de St-Nicolas de Morcerf (Cartul. de St-M. de P., p. 10, noxi).(Le récent mémoire de M. Estournet sur Bouchard II, comte de Corbeil dans les publications de la Société du Gâtinais)
En seconde noce La Dame de Crécy épouse Guy le Rouge, comte de Rochefort .On cite le mariage avant 1063.
Le comté de Rochefort était une des puissantes seigneuries à l'époque féodale. L'implantation stratégique de ses nombreux châteaux lui donnait une importance capitale dans la communication de Paris en passant par Chârtres et Orléans.
La possession de cette place forte complétait favorablement un ensemble de forteresses qui à l'est entourait le domaine royal d'Ile de France qui appartenait aux Rochefort et parents alliés. Durant cette période, on a affaire à des seigneurs turbulents et violents qui défendent leur indépendance. Philippe 1er et Louis VI le Gros savaient qu'ils devaient se concilier ou les réduire à merci.
Guy de MONTLHÉRY, surnommé le Rouge,(à cause de ses cheveux rouges) comte de Rochefort en Yveline, seigneur de Gournay-sur-Marne et de Crécy-en-Brie,eut la confiance et l'amitié de Philippe 1er et fut élevé à la dignité de sénéchal de France vers l'an 1093. Il se démit de cette charge pour suivre la croisade en 1097. et fut rétabli au retour de cette expédition au commencement de l'an 1100. Le roy l'envoya en 1107. à la Charité sur Loire pour recevoir le pape Paschal II. qui était entré en France. Sa fille Luciane ou Lucienne de Rochefort était fiancée au prince Louis. Ce voyage fut suivi de la dissolution du mariage contracté par sa fille avec le roy Louis le Gros en 1104. Guy de Montlhéry fut si touché par les intrigues et les complots supportés par sa fille qu'il se retira de la cour après avoir donné la démission de sa charge, laquelle fut donnée à son fils. Il mourut avant le mois d'août 1108. et fut enterré au prieuré de Gournay qu'il avait fondé.
C'est de cette époque que Crécy fut dotée d'une redoutable défense.
Hugues fit creuser des petits bras de rivière , ceintura la petite ville de remparts percés de quatre portes avec pont-levis qui donnaient acès aux portes de Meaux, de la Chapelle, de Dam-Gilles et la Porte Marchande.
A l'intérieur de la ville, il y avait aussi d'autres portes avec ponts -levis sur le brasset qui séparaient la ville en deux places fortifiées : le bourg et le quartier du Marché.
La seigneurie de Crécy avait le titre de Comté, ce qui rattachait un nombre très importants de fiefs, englobant la forêt de Lubeton ( forêt de Crécy), d'où droits et privilèges.
On a vu au début de l'article que le château était très ancien. Il avait comme tout château féodal, une herse, un donjon, fours et moulins atttenants. Des modifications s'imposèrent dès le XIIe siècle dans sa restauration. Hugues de Crécy lui flanqua un double cordon de tours et de remparts.
Hugues de Crécy était aveuglé par la vengeance pour l'affront fait à sa soeur Luciane. Il s'égara souvent dans des actes barbares. Puis repentant, entra dans l'ordre de Cluny en 1128, devenant un moine exemplaire. Il devint l'ami et le conseiller de Pierre le Vénérable.
Pierre le Vénérable de son vrai nom Pierre Marie de Montboissier (1092-1156) est issu d'une famille auvergnate de haut rang du comte Pierre-Maurice de Montboissier et de Raingarde de Saumur qui entra dès qu'elle fut veuve au monastère de Marcigny, non loin de Semur en Brionnais en 1114 comme cellerière.
C'est ici à Cluny, que Hugues de Crécy termina ses jours. Il confia à Luciane tous ses biens. Celle-ci épousa Guichard III de Beaujeu en 1107. Plus tard, au décès de Guichard III en 1137, le château de Crécy passa aux mains de leur fils, Humbert III de Beaujeu (1120- 1174)qui confia la terre de Crécy à un vicomte alors qu'il partait pour la Terre Sainte. (à suivre)
Blason de la famille de Beaujeu
les sources et biographies seront données à la fin de cette étude sur Crécy la Chapelle
Ce n'est pas un métier commode que celui de raconter des histoires, surtout quant on a pris pour règle de demeurer dans la
ligne droite et dans la vérité. Médéric Charot - Roman Paysan
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