AU COEUR DE MON ENFANCE

 Un village, c'est une histoire qui se raconte 



Provins (Photo de Marie de Mazan) 

La forêt

 

A perte de vue, le pays paraît plat, à peine moutonné  de tâches sombres, de vagues forestières.

Et pourtant il est vallonné. L'on ne cesse d'y monter d'y descendre, tout silloné qu'il est de cours d'eau petits et grands, de courants d'eau traçant leurs lignes, leurs orbes, leurs sinuosités au travers de la grande forêt. mais aussitôt, l'on remonte rapidement sur le plateau.

De sorte, que l'homme du pays briard, dont le regard n'accroche rien de tangible, est conduit tout naturellement à chercher vers le bas la source de son inspiration : point de haut pic en effet pour y loger des dieux, point de montagne véritable. Seulement un dol, une doue, ici ou là, sur cet horizon plat, paraît un un mont.

Puis, lorsqu'on pénètre dans la grande forêt, ces chênes aux branches serpentantes et à l'écorce craquelée, ces hêtres aux fûts massifs mais élancés, ces quelques sapins aériens interrogent.

"Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut..." devait dire un jour Hermès le Trismégiste. Il dit alors tout haut ce que l'Homme pensait - ou sentait- tout bas depuis bien des générations.

Les animaux n'ont pas besoin de nos appareils car ils ont leurs propres détecteurs sophistiqués pour sentir venir l'orage qui modifie la charge électrique de l'atmosphère et leur crée des démangeaisons particulières.

Les hirondelles n'ont pas besoin du service météo pour s'apercevoir qu'à certains moments leur nourriture, les moucherons, descend au ras du sol? Les hommes n'ont pas mis longtemps à faire la relation entre ce vol de l'hirondelle et la venue de l'orage... ni pour se rendre compte de l'afflux de gibier en certains endroits avant de s'apercevoir à leur tout, sur ces lieux, des effluves bénéfiques.

Quelle est l'étincelle qui, à un moment donné, leur fit planter des pierres (menhirs) ou leur fit concevoir des voûtes (dolmens) afin de capter les forces de la terre pour se mettre en harmonie  avec elles sur divers plans ?  car "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" (Lavoisier)

Tout être humain doté d'une étincelle d'intelligence et observant les cycles naturels prend très vite conscience de cela.  Les feuilles pourrissent  au pied de l'arbre lui servent le terreau. favorisant  l'éclosion  des nouvelles  graines. telle est la leçon  de la forêt qui, comme un être vivant, progresse d'année en année lorsque l'Homme ne l'arrête pas.

La putréfaction de l'animal mort sert d'aliment à des foules d'autres êtres qui, du ver à l'oiseau, de l'oiseau à l'oeuf, de l'oeuf au serpent, forment un cycle que l'Homme va bientôt comprendre et utiliser  pour son profit, par l'appât vivant d'abord, puis par l'élevage.

La source qui vient de la terre qu'est-ce donc qui la fait jaillir ? ces sources multiples,c ertianes reçoivent beaucoup d'animaux, d'autres non. telle attire surtout le sanglier, telle autre  reçoit plutôt  les oiseaux, tele enfin n'accueille personne et se trouve privée de vie, cernée de silence.

Telle eau sourd du sol d'une façon imperceptible en une flaque pourtant toujours limpide, toujours renouvelée , comme habitée d'un esprit interne, d'une force d'autant plus remarquable qu'elle n'est pas visible au premier regard.

Telle autre au contraire fuit la terre à gros bouillons comme un enfant joyeux, poussée de l'intérieur du sol  par un souffle puissant et désordonné.

Dans la forêt où il se réfugie pour fuir le vent ou la pluie, dans la forêt ou il pénètre pour chasser, l'Homme sent son regard s'élever, conduit vers les hauts pa le fût de l'arbre, la fuite de l'écureuil ou la grimpée du lierre juqu'à ce point où le Soleil est comme un oeil vivant à des hauteurs différentes selon les moments du jour o les époques de l'année.

Sur le plateau, le regard embrasse l'horizon. les nuages suivent une course parfois arrondie. certians soirs, le soleil déjà invisible éclaire encore très longtemps les nuées. L'astre n'est donc pas mort, mais caché seulement. pourquoi ? Et puis il y a quelques temps il disparaissait en tel point, près de ce grand arbre par exemple, et aujourd'hui il se ouche de l'autre côté de l'arbre. pourquoi donc ? Y aurait-il un lien entre ce déplacement du couchant et la réapparition des feuilles sur les branches, la chaleur des journées, la neige, la pluie, la naissance des oisillons... Les saisons ?

En Brie notament il arrive souvent que, le soir, une ligne très nette, noire de nuages, s'élève sur l'horizon et cette ligne est courbe. Est-ce donc que sur les côtés de l'axe du Soleil la terre est également courbe ?

ROBERT GRAFFIN

écrivain-conférencier- auteur de : "L'Art Templier des Cathédrales- Celtisme et Tradition Universelle- Editions Jean-Michel Garnier

 

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Dimanche 25 juin 2006 7 25 /06 /2006 13:47
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Texte libre

Ce n'est pas un métier commode que celui de raconter des histoires, surtout quant on a pris pour règle de demeurer dans la ligne droite et dans la vérité. Médéric Charot - Roman Paysan 



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