AU COEUR DE MON ENFANCE

Charles IV le bel
UN VILLAGE, C'EST UNE HISTOIRE QUI SE RACONTE

Charles IV le bel
UN VILLAGE, C'EST UNE HISTOIRE QUI SE RACONTE
Il y avait un autre quincaillerie à Moissy, à l'endroit où se trouve actuellement la" Maison de la Presse". d'anciens habitants de Moissy se souviennent :
" sa propriétaire vendait aussi des jouets. elle recevait de grandes caisses pleine de poupées, d'ours, de chevaux en carton, de jeux de quilles. mais elle vendait ausi des jougs de boeuf, des tilles - un genre de ficelle pour attacher les glanes quand on allait glaner - des fers qui se chauffaient sur les cuisinières, des tuyaux de poêles, des lampes tempêtes pour aller dans les étables, des petits poêles flamands noirs, et du carbure qui servait à faire du gaz acétylène pour éclairer les bicyclettes. C'était une pierre grise qui sentait très mauvais. sur les bicyclettes , il y avait un réservoir avec de l'eau qui coulait goutte à goutte sur la pierre. Il se dégageait un gaz qui brûlait en éclairant.
En 1932-33, cette dame a adjoint à son commerce un petit dépôt de presse qui n'a fait que grandir. Au début, elle allait à pied à la gare pour chercher les journaux . sur le quai, elle retrouvait la vieille factrice qui venait prendre le courrier. Les journaux étaient toujours dans le wagon de queue. quelquefois, ils étaient jetés par terre ou carrément emportés jusqu'à Combs -la Ville...A cette époque, il y avait une porteuse de journaux qui livrait les journaux à domicicle. les journaux de l'époque c'était le "Petit Parisien", "Le Matin, "Le Journal", "L'équipe", " Paris-Presse l'Intransigeant"et un hebdomadaire "Candide"
.
Gaston V. est resté dix-sept ans comme vacher à Lugny :
"J'étais arrivé en 1954, l'année où il a gelé si fort.
Le patron me logeait dans Moissy. Il faut un logement indépendant pour le vacher pour ne réveiller personne quand on part le matin. Hiver comme été, je partais à quatre heures et demie pour aller traire les vaches. Il y en avait quarante à quarante-cinq et on les trayait à la main. Il fallait être prêt pour sept heures et demie, quand le laitier passait. Il venait de melun.
Juste avant, j'avais été aide-vacher à la ferme de Malassise à Mormant. avant, j'étais charretier à Onguevilliers, à côté de Rebais.
J'ai commencé à trvailler le jour de mes treize ans dans une petite ferme qui appartenait à une institutrice, à Pavant, dans l'aisne. son mari était vigneron. Ma mère s'était rmariée à un Vosgien, une espèce de brute. quand j'ai commencé à travailler, il fallait que je fasse sept à huit kilomètres à pied pour aller voir ma mère.
A Lugny, les vaches étaient hollandaises ou normandes. L'hiver, on leur donnait de la pulpe de betterave qui venait de la sucrerie de Lieusaint. L'été, on les mettait dans les prés. On les rentrait vers trois heures et demie, quatre heures. Les charretiers apportaient un grand tas d'herbe, de luzerne, pour rmplir les râteliers. Chaque vacher n'avait le droit que de s'occuper de vingt vaches, c'est pour cette raison que les charretiers devaient apporter la luzerne pour les vingt autres. L'hiver, il fallait nettoyer les vaches, les gratter pour qu'elles soient propres.
Pour moi, j'étais heureux. quand les vaches vêlaient, c'était le plus souvent la nuit. je disais à ma femme de me faire à dîner et j'y retournais. Un bon vacher doit savoir quand une de ses vaches va vêler. Il faut être prêt à y passer la nuit.
Le patron n'avait pas d'enfant. Peu à peu, il nous a licenciés. Il a commencé par le porcher, puis le berger, le charretier, le garçon de cour et moi, en dernier le chef de culture, Monsieur Dupré. La ferme est allée aux hértiers de sa femme à Villaroche. Ils ont vendu à Citroên.
Moi je suis allé travailler à Villaroche. au début, j'ai eu du mal à m'habituer : j'étais toute la journée à la lumière artificielle. Maintenant, je découpe de la tôle. Ca va mieux, et, le soir, je m'occupe d'un jardin, rue Maulois. J'aime ça.
extrait du livre : A travers le siècles- Moissy Cramayel - Un village de Brie par Marie Elisabeth Rouvières - 23 septembre 1981
Naguère, dans les rues de Moissy-Cramayel, on croisait fréquemment les troupeaux de moutons qui allaient paître dans la campagne ou même tout simplement sur la place de la mairie. Edouard W. a été le dernier berger de la ferme de Lugny où il est arrivé en 1952 venant de Pologne.
Il raconte :
"Il y avait trois cents ou trois-cents-cinquante mères. C'était un troupeau de taille normale, soit environ sept cents bêtes. De mai à octobre, on sortait les moutons quatre ou cinq heures dans les champs, dans le sainfoin ou dans la luzerne et dans les chumes après la moisson. Jusqu'en novembre, ils allaient manger des feuilles de betterave dans les champs une fois qu'elles étaient arrachées.
L'hiver se passait dans les bergeries. En février, c'était la saison de l'agnelage. Après la naissance, on séparait la mère et l'agneau du reste du troupeau, le temps que l'agneau s'habitue à têter sa mère, puis on les rassemblait avec les autres. Quelquefois, la mère chassait l'agneau. alors il fallait les maintenir ensemble quelque temps dans une cage spéciale. Si une mère avait deux agneaux, elle n'avait pas assez de lait pour les deux : j'en nourrissais un des deux au biberon, trois fois par jour. Quand l'agneau avait quatre ou cinq mois, on le vendait à la Villette, à Brunoy ou a Melun. Les bouchers venaient les chercher. Chaque année, on renouvelait le troupeau de mères en en vendant cinquante. Quand elles avaient eu quatre agneaux, elles étaient trop vieilles pour la reproduction.
J'allais faire manger les moutons sur la place de l'église et là, où il y a des H.L.M. maintenant, au Marchais Basson aussi et au Noyer Perrot. J'avais trois chiens, deux Bas-rouges et un Briard noir, frisé, qui s'appelait Fidèle.
Jean-François Millet 1814-1875 Berger ramenant son troupeau le soir
C'était beau la campagne dans ce temps-là, avec les troupeaux. Quand il faisait très chaud, l'été, on les emmenait très tôt et on rentrait à une heure. autrement, on partait à une heure de l'après-midi, pour rentrer à six heures.
A ce moment-là, il y avait trente vaches et dix chevaux à Lugny. Il fallait une vingtaine d'ouvriers : le cochonnier, trois charretiers, un vacher, un garçon de cour, des hommes de journée, le commis (chef de culture), plus les saisonniers, des Espagnols qui venaient pour biner les betteraves.
Tous les ans, avant l'agnelage, on tondait pour pouvoir marquer les mères et les agneaux du même numéro. Sur la laine épaisse, les numéros ne marquaient pas. La laine était vendue en gros dans des coopératives. Quand les patrons sont morts, je suis parti travailler en usine, à Paris."
extrait du livre de Marie-Elisabeth Rouvières
A travers les siècles Moissy- Cramayel - un Village de Brie - 23 septembre 1981
Photographie Guy Bourderionnet : www.oiseau-libre.net
Les souvenir de M. Paul, né à Moissy Cramayel, il y a soixante-quinze ans, nous plongent dans un univers qui paraît déjà incroyablement lointain.
Ecoutez-le :
"Je suis né rue Pierre Sémard qui s'appelait à ce moment-là rue Combs-la-Ville. Mon père était charretier à la ferme de Chanteloup. Il y avait quatre charretiers, avec chacun quatre chevaux et trois bouviers, avec chacun six boeufs qui labouraient et hersaient, mais c'est mon père qui labourait avec les chevaux. On cultivait du blé, de l'avoine pour les chevaux et pour vendre, de l'orge, du seigle, de la luzerne et des betteraves pour la sucrerie de Lieusaint.
Chanteloup était la seule ferme où il n'y avait pas de distillerie. dans mon jeune âge, il y avait cinq distilleries ici. Elles commencaient à marcher avec l'arrachage des betteraves, à la saison d'hiver, fin septembre début octobre, jusqu'à janvier. On finissait d'arracher quand ça gelait, en janvier, avec froid aux mains. Les équipes de Belges qui venaient aider parlaient flamand, mais il y avait toujours un chef de rang qui parlait français et qui pouvait traduire. Ils aidaient aussi à arracher le lin. 9a s'arrachait à la main et on avait les mains toutes coupées. La dernière fois que j'ai arraché du lin, j'avais 14 ans. Il faut l'arrcher puisque ce sont les racines qui servent à faire le fil.
Mon père partait tous les jours à quatre heures du matin. Il travaillait jusqu'à onze heures et demie. Il avait une heure et demie pour déjeuner et il retournait travailler jusqu'à six heures. Ca faisait quatorze heures de travail par jour. D'abord il faisait les trajets à pied, ensuite, il a eu une bicyclette. Quand le patron est parti pour la guerre, il a été commis, c'est-à-dire chef de culture. mais il ne s'est pas entendu avec la patronne et il est parti pour la ferme de Lugny. Ensuite, il a été à Noisement, toujours charretier.
Nous étions onze enfants. ma mère est morte à 55 ans, usée. Il fallait qu'elle aille abattre des arbres pour se chauffer. Elle allait glaner avec tous les gosses en emmenant la bique pour quand on avait soif. Je suis allé à l'école ici, là où est la mairie.
Il y avait une maternelle où tout le monde était ensemble, garçons et filles ; une classe jusqu'à 8 ans où filles et garçons étaient encore mélangés et deux classes de grands, une pour les garçons, une autre pour les filles. A 11 ou 12 ans, quand on était prêt, on pouvait passer le certificat. On quittait l'école à 13 ans.
Moi, j'ai quiité l'école à 12 ans pour aller garder les corbeaux, c'est-à-dire chasser les corbeaux dans les champs.
De petit matin jusqu'à la nuit, il fallait courir. On avait une dizaine d'hectares à garder. Quand ils étaient à un bout, on courait. Ils s'envolaient. Il fallait repartir dans l'autre sens. A l'époque, il y avait des milliers de corbeaux qui étaient capable de bouffer le blé à ras. On commençait après le semage du blé, vers septembre et ça durait jusqu'en janvier pour deux francs par jour à l'époque. J'emportais une gamelle. Quand on pouvait aller à la ferme à midi, c'était mieux parcequ'ils vous donnaient de la soupe. Ca réchauffait. Je me faisais une cabane en paille pour m'abriter de la pluie quand il n'y avait pas de corbeaux. je me faisais du feu, à côté des mares (c'était les trous que les vieux avaient faits dans le temps pour attirer l'eau). Les mares étaient presque toujours entourées de bois. L'hiver, elles gelaient et je glissais dessus. Il y avait par exemple, "la mare à l'argent", "la mare aux canes", "le crayon noir", "la remise aux genêts".
Heureusement j'avais une cousine. Elle avait 14 ans, moi j'en avais 12. Elle n'aimait pas beaucoup garder les corbeaux. Mais c'est pareil, il fallait de l'argent à la maison. Elle était à peu près à un kilomètre de moi. On allait se voir ou bien on faisait la moitié du chemin. quand il n'y avait de corbeau, on se retrouvait. Ou, s'il il y en avait chez l'un ou chez l'autre, on allait se donner un coup de main. On s'entendait bien. On s'encourageait tous les deux. Elle s'appelait Louise.
Après, je suis allé à la ferme de Chaintreau. J'y ai fait embaucher ma petite cousine. Là, pour garder les corbeaux, on nous donnait un fusil avec des cartouches à blanc et il y avait une cabane au milieu du champ. Quand les corbeaux arrivaient, on sortait dans le champ et on tirait. Moi, je me mettais des perles dans les cartouches. Je les trouvais autour du cimetière.
extrait du livre : A TRAVERS LES SIECLES - MOISSY CRAMAYEL - UN VILLAGE DE BRIE par Marie-Elisabeth Rouvières. - 21 septembre 1981
illustration de la chronique réalisée par Marie de Mazan.: Photo CPA77
Je vous propose quelques chroniques délicieuses "à travers les siècles, Moissy Crmayel, un village de Brie", par Marie-Elisabeth Rouvières.
Marie-Elisabeth Rouvières est une journaliste passionnée d'histoire, sensible, talentueuse qui a récolté au fil du temps des témoignages vivants d'une époque pas si lointaine et pourtant déjà révolue.
Garder les Corbeaux
Le dernier Berger de Lugny
Le dernier Vacher
La première marchande de Journaux
A demain...
Marie de Mazan
Ce n'est pas un métier commode que celui de raconter des histoires, surtout quant on a pris pour règle de demeurer dans la
ligne droite et dans la vérité. Médéric Charot - Roman Paysan
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