AU COEUR DE MON ENFANCE

Charles IV le bel
UN VILLAGE, C'EST UNE HISTOIRE QUI SE RACONTE

Charles IV le bel
UN VILLAGE, C'EST UNE HISTOIRE QUI SE RACONTE
Il était convenu avec Eric d'aller mardi 11 juillet à Provins, pour prendre les photos du jardin Garnier.
Lors de notre dernière visite dans cette ville, on n'avait pas voulu prendre de photos et depuis mon regret ne cessait de grandir. Il y avait surtout cette statue que j'appelle "la Danseuse" qui m'obsédait jusque dans mes rêves. Elle semblait me dire : " pourquoi ne m'as tu pas emportée ? Oui pourquoi tant de perfection dans la réalisation de cette statue ne m'avait pas fait faire le geste de la prendre en photo? Eric me dit qu'il faut quelquefois apprécier un moment magique sans preuve de mémoire...
N'empêche que j'étais en manque de ma petite danseuse. Alors aujourd'hui mardi nous nous étions promis de nous consacrer uniquement à ce jardin Garnier. Mais voilà que la journée ne s'est pas du tout déroulée comme nous l'imaginions.
Sur l'autoroute A4,, nous devions bifurquer vers Disneyland et prendre la direction Provins.. Il faisait beau, j'étais excitée à l'idée de revoir ma "petite danseuse". Mon coeur était rempli de tendresse. Le rendez-vous était prometteur de bonheur.
Sans nous en apercevoir, nous étions au guichet de l'autoroute. Eric me signale que l'on a loupé la sortie "Provins" . et que cela va nous retarder. Du coup on prend la direction Crécy la Chapelle, espérant reprendre notre chemin par la RN 34; J'aperçois la collégiale et fait un signe à Eric de regarder. Mon Dieu me dit-il , elle est trop belle, on s'arrête juste deux minutes pour prendre quelques photos. le visage d'Eric soudain a changé. Ce n'était plus le citadin qui regardait, c'était quelqu'un d'autre transfiguré par un appel..
Il y avait près du portail, une estafette. Un homme déchargeait du matériel pour le mettre dans l'église. Un panneau "interdit au public" nous stoppa dans notre élan pour rentrer. Après avoir salué ce responsable de chantier, je demandais timidement la permission de rentrer quelques minutes pour nous recueillir et prendre quelques photos. Il commença par refuser gentiment mais quand il me vit sur la pointe des pieds pour essayer de voir l'intérieur de l'église et que je n'arrêtais pas de dire à Eric : " que c'est beau, que c'est beau...le responsable avec un grand sourire nous invita à rentrer. Eric se dirigea vers une Vierge à l'enfant datant du XIV siècle . immobile, foudroyé par l'émotion., il regardait le soleil qui se projetait sur le choeur voûté de douze ogives.
Nous sommes repartis, silencieux. L'église venait de refermer ses portes. Dehors des voitures de randonneurs arrivaient. Ils parlaient, riaient, prenaient leur sac à dos. Un dernier regard vers un camélia et nous avons repris notre route. direction Coulommiers. U peu plus loin , je vois le panneau Faremoutiers. Je dis à Eric que l'on ne peut pas faire autrement que d'aller à l'abbaye après ce que l'on a ressenti à la collégiale de Crécy.
Connais-tu l'abbaye me demande soudain Eric ? Par les livres oui, répondis-je pour avoir étudier la période carolingienne principalement.
- Pourquoi la période carolingienne ?
- Parce que je me suis intéresée au testament du comte Eccard de Macon qui a fait don de sa terre de Beton-Bazoches et alentours et que sa soeur Adana était moniale à Faremoutiers.... tout simplement. !
La porte de la chapelle était à moitié ouverte. Des soeurs étaient là. On fut acueilli joyeusement par un : "la messe est à 11h30, c'est trop tôt" !
Eric me regardait. Il n'avait pas envie de sortir, moi non plus. je demandais à une soeur la permission de rester avec elle. Vous savez que c'est la Saint Benoît aujourd'hu, me dit-elle. Oui vous pouvez rester.
-Et sans abuser, peut-on prendre des photos ?
-Mais oui... que voulez-vous prendre ?
- Les fleurs, Marie, saint Benoit et l'autel....
- Oui... prenez votre temps...je vous laisse...
QUI QUE TU SOIS...
QUI FAIT HALTE UN JOUR
DANS UN MONASTERE,
SAIS-TU
ECOUTER
CELUI QUI PARLE DANS LE SECRET DU COEUR AFIN DE LUI REPONDRE
Les soeurs priaient les yeux fermés. Nous sommes partis sans bruit en refermant doucement la porte.
Un soleil majestueux nous attendait sur le perron.
J'avais oublié ma petite danseuse de Provins. J'étais bien là.... Enfin cette paix intérieure qui irradie le coeur et l'esprit.
Solelska... je pense à toi.
et toi aussi Claude Bayeux...
Viens, me dit Eric on va se promener dans le parc. Tu pourras continuer à méditer...
les anciennes fondations de l'abbaye.
Ce n'est pas un métier commode que celui de raconter des histoires, surtout quant on a pris pour règle de demeurer dans la
ligne droite et dans la vérité. Médéric Charot - Roman Paysan